Musée Communal de Woluwe-Saint-Lambert, du 15/10/2009 au 03/01/2010.

ChinoiseriesAfficheDepuis toujours, la Chine fascine l’Occident. Cependant les rencontres mutuelles entre les deux mondes ont longtemps été rares. Les Romains qui importent la soie à grands frais du mystérieux pays des Sères n’en savent pas beaucoup plus sur son origine. Plus tard, quelques voyageurs aventureux – Marco Polo est du nombre – ramènent de leurs périples des récits et des descriptions qui font rêver l’Europe. Il faut néanmoins attendre la fin du XVIe siècle pour qu’on puisse enfin disposer d’informations fiables sur l’Empire du Milieu.

Tandis que la Chine, en la personne de son empereur, feint d’ignorer le reste du monde, l’Europe met alors ses savants au service de la recherche sur la civilisation chinoise. L’intérêt se trouve stimulé par l’arrivée massive de produits venus d’Orient (tissus, porcelaines, thé...). Comme ceux-ci restent d’un prix élevé, on cherche très vite à les imiter afin de satisfaire une demande grandissante. Pendant des décennies, les artisans européens tentent donc de percer le secret de la laque et de reproduire le glacis de la porcelaine.

De plus, à côté des savantes et sérieuses études, à côté des nombreux objets importés qui font la joie des collectionneurs et qui définissent leur pays d’origine, à côté des contrefaçons, il existe une autre Chine, une Chine rêvée. Utilisant l’imagerie et les symboles qu’ils trouvent dans les quelques ouvrages disponibles, les artistes européens vont, dès la fin du XVIIe siècle et durant tout le XVIIIe, s’aventurer sur une tout autre voie, celle de la fantaisie. Laissant leur imagination s’exprimer, ils abandonnent l’imitation pure et simple des modèles existants, quittent le domaine de la description pour celui du fantasme et de la réinterprétation. Ils utilisent donc les formes et les motifs chinois pour créer leur propre vision de ce monde lointain. Se constitue alors une image de la Chine qui n’a plus rien à voir avec la réalité et qui n’en est pas moins intéressante ni moins révélatrice pour autant. On voit ainsi apparaître sous le pinceau des peintres des scènes qui n’ont de chinois que le nom, des "mariages chinois", des "chasses chinoises", des "foires chinoises" dont l’accoutrement des protagonistes et les édifices de l’arrière-plan n’évoquent que de très loin le lointain Cathay. Certes, ici, un ensemble de pavillons et de pagodes décore le fond d’une scène, là, une docte assemblée de mandarins discute gravement en dégustant du thé, ailleurs encore, un dragon déroule ses volutes en compagnie d’autres animaux fabuleux mais il s’agit la plupart du temps d’oeuvres originales sorties de l’imagination des artisans et non pas de serviles copies.

Même les jardins d’Europe seront atteints par cette mode exotique. Le jardin à la française si géométrique et si prévisible cède le pas durant la seconde moitié du XVIIIe siècle au parc à l’anglaise ou, pour mieux dire, au parc anglo-chinois. Quelques architectes anglais, fort impressionnés par l’agencement des jardins visités au cours de leurs voyages, vont s’inspirer de ce qu’ils ont vu là-bas pour créer des parcs d’un nouveau type. Désormais, les allées abandonnent leur rigueur rectiligne pour se faire sinueuses, les parterres perdent de leur sévérité pour ressembler à la nature, les promeneurs découvrent des points de vue au gré de leurs déambulations, de petits édifices - où l’on peut prendre des collations et se livrer à d’agréables passe-temps - agrémentent les pelouses et les bosquets. Plus de sévérité mais au contraire, l’imprévu, le méandre et l’arabesque.

Cette vogue de la chinoiserie constitue l’un des aspects de la rocaille et du rococo. Elle connaît un succès lié à d’autres phénomènes. Le goût de l’exotisme mis à la mode dans la littérature et les débats philosophiques l’explique en partie, au même titre que la lassitude progressive des éléments décoratifs classiques ou encore que la mise en place de relations commerciales régulières avec l’Orient.

Comme toujours le public va se fatiguer des extravagances et en revenir à plus de mesure. Le déclin de la chinoiserie s’affirme avec la naissance du néoclassicisme.

D’ailleurs, avec de meilleures connaissances et des études plus précises à son propos, la Chine perd, aux yeux des penseurs européens, son aura de contrée modèle et de pays de cocagne. Les armes prennent alors le relais et de sanglants conflits d’intérêt émaillent tout le XIXe siècle. A cette occasion, l’Europe montre son désir de se tailler un part du gâteau asiatique aux dépens d’une Chine moins avancée sur la plan technologique. Certes, les motifs d’inspiration chinoise ne quittent pas les arts décoratifs pour autant mais ils vont se vider de sens et perdre leur dimension de fantasme.

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