Du 16 février au 13 mai 2012 au Musée communal de Woluwe-Saint-Lambert.


ChocolatA l’exemple du vin ou du thé, le chocolat est un produit noble qui possède une indéniable charge affective. Consommé de manière quotidienne, sujet de conversations passionnées, il appartient à l’imaginaire des Belges. Lié aux souvenirs de l’enfance, aux rencontres, aux moments privilégiés, le chocolat peut être comparé à la madeleine de Proust. Il possède le même pouvoir magique de ressusciter les souvenirs et d’évoquer les impressions fugitives du passé.

Comme on le sait, le cacao vient du Nouveau Monde où il est tenu en haute estime par les Mayas puis par les Aztèques. Mélangé à des grains de maïs grillés puis moulus et à certaines épices, le cacao constitue une boisson dont le goût devait être très éloigné de celui que nous connaissons aujourd’hui. Les premiers conquistadors sont surpris par son aspect mais décrivent généralement le breuvage comme savoureux et réservé aux élites. Les fèves de cacao sont considérées comme très précieuses, elles servent de monnaie d’échange et sont exigées comme tribut aux peuples soumis au même titre que l’or ou le coton.

Il faut attendre le dernier quart du XVIe siècle pour que le chocolat soit adopté par les colons espagnols établis en Nouvelle Espagne. Ceux-ci lui attribuent des vertus curatives : le chocolat combat les maux d’estomac et de poitrine, la toux et bien d’autres malaises. La vogue du chocolat n’est pas éphémère, le produit s’enracine au contraire dans les habitudes alimentaires mexicaines et toutes les classes sociales le consomment en grande quantité.

Chocolat!2Le chocolat traverse l’océan. Les premières fèves de cacao sont réputées être arrivées dès 1527 mais les cargaisons d’importance ne datent que de 1585. Le chocolat s’installe en Espagne à cette époque. La boisson est prise dès le matin mais on continue de la savourer tout au long de la journée. On prend le chocolat chaud ou froid, selon les envies et les moments, accompagné d’un verre d’eau et d’une pâtisserie. Sa consistance est très épaisse. On le prépare le plus souvent à l’eau, beaucoup plus rarement au lait, on l’agrémente de jaunes d’oeufs, de vanille et d’épices (cannelle, cardamone, anis, clous de girofle, piment…). Il reste un produit de luxe et à ce titre, est lourdement taxé.

Après l’Espagne, les Flandres et l’Italie sont les premières régions d’Europe à être touchées par la mode du chocolat. En dépit de la présence de deux reines espagnoles (Anne d’Autriche et Marie-Thérèse), la France reste plus réservée sur sa consommation et s’oriente vers des produits plus légers. Madame de Sévigné, dans ses lettres, en vante les mérites à sa fille mais se fait également l’écho de quelques anecdotes bien étranges. Ainsi en octobre 1671, elle rapporte que "la marquise de Coetlogon prit tant de chocolat, étant grosse, qu’elle accoucha d’un petit garçon noir comme le diable, qui mourut".

A ce moment et jusqu'au début du XIXe siècle, le chocolat porte une étiquette assez "sulfureuse" car il est considéré comme un aphrodisiaque qui échauffe les sangs. Cette réputation se retrouve dans plusieurs allusions et situations du théâtre de Carlo Goldoni. Le chocolat est une boisson du privé, il est fréquemment consommé le matin au lever, donc encore au lit, et cette proximité avec l’alcôve en fait un synonyme de tous les plaisirs de la chair.

A contrario, le chocolat fait l’objet d’une controverse entre théologiens : faut-il le tenir pour un aliment et donc pour susceptible de rompre le jeûne? Peut-on en prendre pendant le carême ou avant la communion? De savants ecclésiastiques échangent des livrets polémiques assortis d’arguments en sens divers avant qu’un décret du Saint-Office ne vienne clore le débat en mai 1666. Le chocolat ne sera plus toléré en période de carême que mélangé à l’eau. Lait et sucre, plus consistants, sont donc prohibés.

Chocolat!3Durant tout ce temps, le chocolat reste une boisson. Suivant une recette du XVIIe siècle, sa préparation commence par de l’eau bouillie dans un "petit pot en cuivre étamé à couvercle percé". Le chocolat en morceaux et le sucre sont ensuite ajoutés et on remue l’ensemble "grâce à un moulinet fixé à un petit bâton" (=le moussoir) que l’on fait tourner entre ses mains. De cette manière, le chocolat se brise, et le tout se mélange, jusqu’à ce que la mousse et la graisse flottent à la surface". La même recette préconise l’usage d’un jaune d’oeuf qui rend le mélange plus onctueux. Ce mode de préparation perdure jusqu’au XIXe siècle.

En raison de sa réputation d’aphrodisiaque et de l’étiquette de drogue (c’est à dire de médicament) qu’on lui accole généralement, le chocolat reste le domaine réservé des adultes. Néanmoins la situation va changer car le chocolat ne sera plus consommé uniquement sous sa forme liquide. Si en 1828, la maison hollandaise Van Houten dépose le brevet de "chocolat en poudre", quelque vingt ans plus tard, l’entreprise Fry de Bristol produit la première tablette de chocolat à croquer. Le breuvage des divinités aztèques s’est ainsi transformé en friandise. Désormais associé au confort bourgeois, le chocolat va perdre de son ambigüité pour gagner une image nettement plus favorable grâce au verdict des médecins. Base du petit déjeuner, il est dès lors considéré comme un aliment roboratif, sain et nourrissant, et entre même, à ce titre, dans la composition de certains médicaments. Paré de telles vertus, le chocolat voit croître sa consommation.

La moyenne annuelle de l’exportation mondiale se situe à 16.000 tonnes en 1840, elle passe à 30.000 tonnes en 1870 mais le boom est encore à venir. Il a lieu à la fin du XIXe siècle et les chiffres atteints alors se maintiennent dans les premières années du XXe siècle. Ainsi, entre 1905 et 1914, la production annuelle dépasse les 200.000 tonnes. On peut donc dire qu’entre trente ans, l’exportation de la matière première a été multipliée par sept. L’urbanisation, la hausse du niveau de vie, l’industrialisation de la production, l’introduction de nouveaux produits à base de chocolat expliquent cette augmentation. A la veille de la Première Guerre mondiale, la tablette de chocolat est devenue une denrée consommée de manière régulière par la classe ouvrière.

Dans ce contexte de demande en croissance continue qui s’accompagne de prix élevés, la production cesse d’être uniquement américaine. Elle se développe en Afrique et en Asie. Partant de Sâo Tomé, la culture du cacao gagne la façade atlantique du continent africain. Du côté opposé, la variété criollo est introduite à Madagascar, en Ouganda et en Afrique orientale allemande. En Asie, les anciens foyers des Philippines, de Java et de Ceylan connaissent un renouveau d’activité tandis que les cacaoyères se multiplient en Inde, en Birmanie, en Malaisie, à Bornéo et même au Vietnam. Malgré cette concurrence, le Nouveau Monde conserve son premier rang de producteur.

Chocolat!4En deux décennies environ (1890-1910), le chocolat devient un produit de consommation de masse. Il n’est plus réservé à l’élite et surtout, il atteint toutes les couches sociales et tous les âges. Car la démocratisation du produit passe par le rajeunissement des consommateurs. L’enfant lui-même, jusque là assez préservé, est touché par la déferlante chocolat. Après la Première Guerre mondiale mais surtout à partir des années 1930, le chocolat entre dans la composition de la ration quotidienne de l’écolier. S’adressant désormais au monde de l’enfance, les supports liés au chocolat voire les formes qu’il affiche vont jouer un rôle pédagogique. Le moule et le chromo vont constituer de vastes entreprises encyclopédiques destinées à faire connaître à l’enfant le monde qui l’entoure.

Consommé par tous depuis la Belle époque quelque que soient l’âge et le milieu, le chocolat est une évidence. C’est à cette denrée universelle, incontournable et gourmande, qu’est consacrée notre nouvelle exposition. Nous nous sommes efforcés de mettre en évidence l’évolution de la consommation du chocolat, de la boisson réservée aux privilégiés à la barre dégustée par tout un chacun. Pour raconter cette passionnante histoire, un ensemble de gravures, d’ouvrages anciens, de pièces d’orfèvrerie, de faïence et de pocelaine, de chromos a été réuni par nos soins. Ainsi que des moules anciens appartenant à une collection bruxelloise. Le visiteur se rendra compte que la thématique de ces pièces n’est pas gratuite : tantôt abécédaire, tantôt ouverture sur le monde, les moules apprenaient en effet aux enfants à éveiller leur curiosité et à appréhender le réel sous toutes ses composantes. Le chocolat comme moyen éducatif, qui l’eût cru?

L’exposition Chocolat! est ouverte du jeudi 16 février au dimanche 13 mai 2012. Elle est accessible tous les jours sauf le lundi de 12 à 17 h 30. L’entrée en est gratuite. Visites guidées et renseignements : 02-762-62-14.

Comme dans le cas de nos précédentes expositions, Chocolat! s’accompagne d’une publication. Celle-ci reprend une série d’articles rédigés par des auteurs d’horizons différents : historiens de l’art, historiens, journalistes et spécialistes du chocolat. Il y est question de l’histoire du chocolat, des rapports entre chocolat et littérature, de formes et de moules, de variétés de cacao et de bien d’autres choses. L’ouvrage se clôt par une interview de Pierre Marcolini.


Conférence : Les grands crus de propriété dans l'univers du chocolat

Madame Nicole Regout-Marcolini donnera deux conférences-dégustations ayant pour thème la sélection des fèves auprès de petits producteurs d’exception, l’importance du processus de torréfaction et le travail d’un chocolatier de luxe. Ces présentations auront lieu dans la salle de conférences de l’Hôtel communal de Woluwe-Saint-Lambert le lundi 23 avril à 20h et le samedi 28 avril à 17h30.

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Moules à chocolat

Collection Dorchy

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Crédits photo : Jean-Marc De Pelsemaeker

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L'exposition Chocolat! est réalisée avec le soutien de :

 

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