Le Monde d'Henry Dorchy

DorchyExpoPersonnalité complexe, Henry Dorchy (1920-2002) était un homme aux multiples centres d’intérêt. A la fois pédagogue, savant, auteur de nombreux ouvrages de référence et plasticien en quête perpétuelle de renouvellement, il s’est mis un point d’honneur à refuser toute compromission. Craignant d’être étouffé par les contingences du milieu de l’art, il n’a pas hésité, par exemple, à se mettre en danger en abandonnant une abstraction de bon ton pour l’époque, au profit d’un style figuratif très personnel.

Fils d’un dessinateur industriel, Henry Dorchy s’initie très jeune à la peinture. Son parcours de peintre débute par une figuration assez convenue pour évoluer au début des années 1950 vers l’abstraction au contact de Georges Creten (1887-1966) et de Louis Van Lint (1909-1986) qu’il considère autant comme des amis que comme des maîtres. Henry Dorchy revient ensuite à un expressionnisme figuratif dans les années 1970.

Artiste polymorphe tant par le sujet que par le support, il s’intéresse aux changements du monde qui l’entoure et renouvelle souvent sa manière. L’originalité de son oeuvre empêche de la classer arbitrairement.

Henry Dorchy trouve dans ses voyages (notamment en Italie en 1955) et dans son environnement quotidien une source d’inspiration. En 1958, les spectacles Voix et Images de Paul Hellyn présentés dans le cadre de l’Exposition universelle l’amènent à réaliser sur verre des compostions destinées à la projection. A cette occasion, il illustre Le bateau ivre d’Arthur Rimbaud ou Les tentations de saint Antoine de Michel de Ghelderode. En 1962, il utilise des vernis colorés sur aluminium et réalise des résichromies qu’il intègre dans l’architecture. Cette démarche est saluée par la critique qui souligne à cette occasion l’usage de "couleurs fluides suggérant vie et mouvement entre le métal et le béton".

Ses oeuvres font l’objet de nombreuses expositions tant en Belgique (Palais des Beaux-Arts, à Bruxelles et à Charleroi, etc..) qu’à l’étranger (Biennale de Venise, Paris, New York...). En 1966, il fonde avec Louis-Marie Londot et Erwin Mackowiak le groupe G3. Les trois artistes aux sensibilités fort différentes sont décrits comme étant "à la poursuite d’expressions nouvelles". Cette collaboration débouche sur une série d’expositions en Belgique et dans le nord de la France. Un peu plus tard, Henry Dorchy se lance dans la création de bandes dessinées composant à cette occasion les scénarii et les dessins. Ces récits, fortement érotiques et iconoclastes, brisent tous les mythes, ils ne seront jamais publiés. Il laisse aussi un journal resté manuscrit dans lequel il témoigne de ses amitiés dans le monde de l’art et de son regard sur son époque.

Egalement pédagogue, cet habitant de Woluwe-Saint-Lambert enseigna l’histoire à l'Athénée royal de Bruxelles dont il fut également le préfet et l’histoire des arts plastiques à l’Institut supérieur des Arts du Spectacle (INSAS). Dans ce cadre, il rédigea l’Histoire des Belges, Langages des Arts plastiques ainsi qu’un ouvrage sur Paul Bury. Henry Dorchy siégea aussi au Conseil national belge de l'UNESCO. L’exposition consacrée à Henry Dorchy met en évidence le parcours et les réalisations de cet humaniste : créations artistiques, collections et publications scientifiques. Cette approche spécifique et originale permet de cerner l’univers d’une personnalité.