PhilExpo

Séduit par la vision sensible et décalée que Phil van Duynen (1962) a donnée de l'Ommegang lors de l’exposition du Coudenberg, le Centre Albert Marinus a décidé de présenter au public une sélection d'oeuvres significatives de son travail.

Issu de l'Ecole nationale supérieure de la Cambre, hautement récompensé lors de sa sortie pour un carnet de voyage ramené du Brésil, Phil van Duynen se lance rapidement dans une production intensive d'images tant à Paris qu'à Bruxelles. Il n’a depuis lors jamais abandonné cette passion. Associé du groupe de design graphique Communiqué dès 1986, il consacre la majeure partie de son temps à la publicité. En 2004, il accède au poste de directeur créatif d’Ogilvy Belgium. Il dirige aujourd’hui une nouvelle agence créative Adopt, à l’attention des professionnels et des annonceurs, dédiée à l’optimisation des idées. Son emploi du temps, extrêmement chargé comme on l’imagine, ne lui a pas permis jusqu’ à aujourd’hui d’exposer son travail personnel en tant que photographe. Mais ses instantanés ramenés de l’Ouest américain lui ont tout de même valu d’être invité par Christophe Ruys en 2007 au Fotomuseum d’Anvers. Témoin privilégié, observateur narquois du monde qui l’entoure, Phil van Duynen réalise des images dont aucune n’est jamais gratuite. Ses oeuvres sont chargées de sens, tout y est symbole et mythologie. Malgré une évidente volonté d’être direct, Phil van Duynen ne rend pas la lecture de ses oeuvres immédiate. Le spectateur confronté à ses compositions n’en découvre la signification qu’après un cheminement de l’oeil. Il faut en effet regarder attentivement ses photos pour remarquer que l’artiste ajoute une quantité de détails symboliques et de textures au moyen de programmes informatiques. Ceux-ci n’apparaissent pas au premier regard et ajoutent encore au sens de l’oeuvre. Cette démarche est évidemment inhérente à son travail de publicitaire mais elle s’inscrit parfaitement dans son parcours d’artiste. Attentif au vécu quotidien, aux rites et aux traditions, Phil van Duynen n’en est pas moins un artiste engagé. Habitué aux prix, confronté régulièrement dans son travail aux plus grandes multinationales, il n’en a pas pour autant perdu sa volonté de critiquer la société et d’en montrer les côtés négatifs. Son oeuvre comporte plusieurs parties. Outre ses réalisations en matière de publicité, il y a son regard sur le Sud-Ouest des Etats-Unis, à l’occasion duquel il commence à travailler l’image de manière digitale. Ce qui retient l’attention du visiteur dans cette région, c’est la démesure de ses sites naturels. Phil van Duynen relève autre chose : sur l’arrière-plan de cette nature grandiose, muette et malmenée, il témoigne du déclin de la puissance économique américaine, encore aggravé par l’inaction et les mauvais choix de l’administration Bush, il met en évidence pêle-mêle l’emprise des évangélistes ultra-conservateurs, la présence de la communauté latino, les indiens navajos parqués dans leurs réserves et la démesure de Las Vegas et d’Hollywood.

Mais les sujets qui retiennent son attention sont nombreux. De l’Ommegang, il fait un univers fantomatique et légèrement inquiétant d’un côté et de l’autre, traque le "paradoxe temporel" c’est-à-dire la présence d’éléments contemporains dans un événement du XVIe siècle.

Son travail récent est divisé en plusieurs thèmes. Au premier plan, il y a les portraits qui, réalisés couche après couche, forment un glacis digital ou une image si précise qu'elle en devient oppressante. Ensuite, la série des"corps qui tombent" prouve si besoin en était l'extraordinaire culture dont Phil van Duynen se nourrit. Homme profondément généreux (et cette générosité n’est évidemment pas exempte de sa démarche d’artiste), Phil van Duynen n’a jamais jugé utile de s’expatrier. Il habite Bruxelles depuis toujours et a su s’entourer d’amis et de proches stimulants et drôles. Doté d’une sensibilité vraie, cette personnalité extravertie excelle aussi dans d’autres domaines. Jouteur verbal capable de partir dans tous les délires imaginables, il est aussi passionné de musique. Virtuose du piano, il en maîtrise toutes les facettes car cet interprète de premier ordre compose tant pour son travail que pour son plaisir et celui de quelques intimes.

Toutes ces qualités qui sont celles de l’ "honnête homme" dans l’acception du XVIIe siècle ne manquent pas de transparaître dans ses oeuvres et rendent son travail passionnant. Accueillir celui-ci dans les murs de la Maison Devos permet à notre association de s'inscrire pleinement dans son époque et d'en décrypter les enjeux et les réalités grâce à la vision qu'en donne un artiste bien planté sur ses deux pieds.